Lundi, un chantier à cinq minutes de votre atelier. Mardi, un dépannage à trente kilomètres, avec un passage chez le fournisseur sur le chemin du retour. Dans les deux cas, vous avez fait des kilomètres, brûlé du carburant et passé du temps au volant, pendant lequel vous n’avez rien pu facturer d’autre.
Beaucoup d’artisans laissent ce coût dans leur marge sans le voir, ou le facturent au jugé, un chiffre différent chaque fois. Ce guide répond aux questions qui reviennent : faut-il facturer le déplacement, que doit-il apparaître sur le devis, comment calculer son prix, et comment construire une grille par zones. Les montants des exemples sont des hypothèses, à remplacer par vos propres chiffres.

Faut-il facturer le déplacement ?
Rien ne vous y oblige, et rien ne vous l’interdit. Il n’existe aucun tarif officiel de déplacement pour les artisans : les prix sont libres, chacun fixe le sien. Vous pouvez donc facturer un déplacement, l’intégrer à votre prix, ou l’offrir sur certains chantiers.
Ce guide ne donne volontairement aucun tarif « moyen » ou « du marché » : un chiffre pris chez un confrère ne tient pas compte de votre véhicule, de votre zone ni de votre temps. Le bon prix est celui qui couvre ce que la route vous coûte à vous, et la suite explique comment le trouver.
Une règle, en revanche, ne se discute pas : un déplacement facturé doit être annoncé. Ce qui pose problème n’est jamais le montant en lui-même, c’est la surprise.
Ce que vous devez écrire sur le devis
Si vous facturez un déplacement, il doit être chiffré sur le devis. Le découvrir sur la facture est une source de litige classique, et le client aura raison de contester. Comptez le déplacement comme une ligne à part, avec son montant, pour que le client voie ce qu’il paie. Les autres mentions du devis sont détaillées dans notre guide sur les mentions obligatoires du devis.
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En dépannage : l’annoncer avant d’intervenir
Pour le dépannage, la réparation et l’entretien chez un particulier, l’obligation est plus stricte. Avant la conclusion du contrat, vous devez porter à la connaissance du client plusieurs informations tarifaires : vos taux horaires de main-d’œuvre toutes taxes comprises, les modalités de décompte du temps, le cas échéant le prix des prestations forfaitaires, et, le cas échéant, vos frais de déplacement. Le détail de ce régime figure dans notre guide sur le devis de dépannage et d’urgence.
Les frais de déplacement doivent aussi figurer sur le devis de dépannage lui-même, quand ils sont facturés. Et ils doivent être aisément accessibles sur tout espace de communication en ligne dédié au professionnel : si vous avez un site internet ou une page professionnelle, vos frais de déplacement doivent y figurer, à côté de vos taux horaires.
C’est l’obligation que beaucoup d’artisans oublient, alors qu’elle se règle vite : une page « tarifs » avec vos taux horaires TTC, vos frais de déplacement et vos majorations. Mettez-la aussi dans votre modèle de devis et dans votre camionnette, pour dire la même chose partout.
Intégrer le déplacement au taux horaire ou le facturer à part
Les deux approches se défendent, et notre guide sur le calcul d’un devis de bâtiment les présente déjà. Voici ce qui change dans la pratique.
| Déplacement intégré au taux horaire | Déplacement facturé à part | |
|---|---|---|
| Pour le devis | Plus simple, une ligne de moins | Une ligne supplémentaire, plus lisible |
| Chantier proche | Le client paie un temps de route qu’il ne vous a pas fait perdre | Le client ne paie que la route réellement faite |
| Chantier lointain | Vous risquez de perdre de l’argent, la route n’est pas couverte | La route est couverte, au prix annoncé |
| Pour vous | Facile à afficher, moins juste | Plus juste, demande une méthode |
Intégrer le temps de déplacement dans le taux horaire simplifie le devis, mais pénalise les chantiers proches. Facturer un forfait de déplacement distinct est plus juste et plus lisible. Dans les deux cas, ce que vous choisissez doit être écrit : un client qui sait comment vous comptez a moins de raisons de contester.
Si vous choisissez la facturation séparée, ne comptez pas la route deux fois : une route déjà payée dans votre taux horaire ne se refacture pas par-dessus. Notre guide sur le taux horaire de l’artisan explique comment le construire, et il vous aide à décider ce que ce taux contient.
Calculer son propre prix de déplacement
Voici une méthode, pas un tarif. Elle repose sur deux éléments : ce que coûte chaque kilomètre de votre véhicule, et ce que coûte une heure de votre temps.
- 1Estimez le coût kilométrique réel de votre véhicule : additionnez sur une année le carburant, l’entretien, l’assurance et l’usure, puis divisez par les kilomètres parcourus dans l’année.
- 2Prenez la distance aller-retour du chantier et multipliez-la par ce coût kilométrique.
- 3Ajoutez le temps de trajet aller-retour, multiplié par votre coût horaire.
- 4Arrondissez et écrivez le résultat sur le devis, avec la zone ou la distance.
Prenons un exemple, avec des hypothèses. Votre véhicule vous coûte 9 000 € par an pour 25 000 km parcourus. Chaque kilomètre vous coûte donc 0,36 € (9 000 divisés par 25 000).
Un chantier est à 18 km aller-retour, avec 40 minutes de trajet aller-retour. Votre coût horaire est de 45 €. Le calcul donne :
- la distance : 18 km × 0,36 € = 6,48 € ;
- le temps de trajet : 40 minutes, soit 40 ÷ 60 d’heure, × 45 € = 30 € ;
- le total : 6,48 € + 30 € = 36,48 €, arrondi à 36,50 €.
Remarquez le poids du temps : dans cet exemple, la route fait perdre 30 € de temps pour 6,48 € de kilomètres. Un artisan qui ne facture que les kilomètres oublie l’essentiel du coût. Pour trouver votre propre chiffre, reprenez vos dépenses annuelles de véhicule et vos kilomètres de l’année : la méthode ne vaut que par vos données.
La variante : un forfait par zone
Calculer chaque déplacement au kilomètre près est précis, mais fastidieux. La variante consiste à découper votre secteur en zones selon la distance, avec un prix forfaitaire par zone. Le client lit une grille simple, et vous n’avez plus qu’à situer son adresse.
Voici une grille de trois zones construite avec la même méthode, toujours à 0,36 € du kilomètre et 45 € de l’heure. Les distances et temps de trajet sont des hypothèses : adaptez-les à votre secteur.
Chaque zone est calculée sur sa distance et son temps de trajet les plus longs (10 km et 25 min, 18 km et 40 min, 30 km et 60 min), pour ne jamais perdre d’argent sur un déplacement.
| Zone | Distance aller-retour | Trajet aller-retour | Calcul | Prix arrondi (hypothèse) |
|---|---|---|---|---|
| Zone 1 | jusqu’à 10 km | 25 min | 10 × 0,36 + 25 ÷ 60 × 45 = 22,35 € | 22,50 € |
| Zone 2 | de 10 à 18 km | 40 min | 18 × 0,36 + 40 ÷ 60 × 45 = 36,48 € | 36,50 € |
| Zone 3 | de 18 à 30 km | 60 min | 30 × 0,36 + 60 ÷ 60 × 45 = 55,80 € | 56 € |
Un chantier à 14 km aller-retour tombe en zone 2 et paie le prix calculé pour 18 km, un peu plus que sa route réelle : c’est le prix d’une grille simple. Si vous voyez qu’une zone vous fait perdre de l’argent, relevez son prix et recalculez.
Une fois la grille arrêtée, affichez-la sur votre site et reprenez-la dans vos devis. Pour un dépannage, c’est justement ce qui est attendu : le client doit connaître ces frais avant que vous ne veniez.
Le déplacement pour établir un devis
C’est le cas le plus délicat. Vous êtes libre de facturer l’établissement d’un devis, à condition d’en informer le client avant de le rédiger. Un devis payant découvert au moment de la facture vous vaudrait un signalement à la DGCCRF, et le client aurait raison.
En pratique, la grande majorité des artisans offrent le devis et ne facturent que le déplacement d’étude quand il est long. Si vous faites de même, dites-le clairement avant de vous déplacer : « Le devis est gratuit ; au-delà d’une distance que vous fixez, le déplacement d’étude est facturé au prix de la zone concernée. » Et indiquez sur le devis lui-même s’il est gratuit ou payant, comme le demande l’arrêté du 24 janvier 2017 pour le dépannage, la réparation et l’entretien.
Le principe reste le même que pour tous les frais : le client doit savoir avant, pas après. Si vous vous contentez d’une annonce orale, un litige se réglera sur votre parole contre la sienne.
Ce déplacement d’étude se calcule exactement comme les autres, avec la méthode de la section précédente. Vous pouvez aussi choisir de l’imputer sur les travaux si le client signe : c’est un geste commercial, pas une obligation, et il doit lui aussi être écrit pour ne pas prêter à discussion.
Les erreurs fréquentes
- Découvrir le déplacement sur la facture : s’il est facturé, il doit être chiffré sur le devis.
- Oublier le site internet : en dépannage, vos frais de déplacement doivent y figurer, comme vos taux horaires.
- Ne compter que les kilomètres : le temps de route est l’essentiel du coût, comme le montre l’exemple, où il pèse 30 € contre 6,48 € de kilomètres.
- Facturer deux fois la route : en l’intégrant au taux horaire et en la refacturant en plus.
- Copier le tarif d’un confrère : aucun tarif officiel n’existe, et son véhicule, sa zone et son coût horaire ne sont pas les vôtres.
- Estimer le coût du véhicule au doigt mouillé : partez de vos dépenses annuelles divisées par vos kilomètres annuels.
- Ne jamais recalculer : si vos dépenses de véhicule changent, votre grille doit suivre.